Billet d'humeur - Severine Loureiro - Revanche des psys

La revanche des psy !

Promotion du DESS de Psychologie du Travail de 2002, Université Paris X – Nanterre

Cette photo c’était hier (ne cherchez pas à calculer mon âge j’étais en avance 🤔), bref ça me parait comme si c’était hier d’ailleurs en regardant les photos je peux entendre les voix de mes anciennes camarades (NB la parité en psycho c’était rigolo). En 2002 se faire recruter par une Direction RH en sortant de psycho c’était loin d’être évident, on nous préférait les diplômés de droit ou d’écoles de commerce même si notre programme de DESS psy du travail était en réalité le plus complet en RH : des techniques d’évaluation à l’ergonomie en passant par le droit social, mais moi je me rappelle d’une DRH qui m’avait demandé en entretien de recrutement si je pourrai lui expliquer comment on interprète les rêves si on travaillait ensemble 😒 (j’avais dit non, j’avais pas eu le poste du coup 🤙).

Ça ne m’avait pas dissuader de vouloir en faire, du recrutement, j’en étais passionnée, mon mémoire portait déjà sur la validité prédictive des Assessment Centers, et les entretiens directifs, que beaucoup semblent découvrir aujourd’hui sous le terme d’entretiens structurés (ça fait mieux que “directif” 🤐) étaient au programme dès la Maîtrise et considérés par les pros de l’évaluation comme la base à dépasser pour aller vers le semi-directif, puis le non directif. Mais en entreprise, se faire recruter quand on était psy du travail c’était difficile.

À chaque fois me revenait en mémoire mon 1er jour à l’université de Nanterre (😍), où je passerais mes 5 prochaines années (😍), ce 1er jour donc dans l’amphi où s’entassaient beaucoup (beaucoup) d’étudiants fraîchement bacheliers. J’y revois ce prof faire son discours d’accueil à ces futurs psys devant lui, il nous avait dit (et c’est une citation dans le texte tellement ça m’avait marqué) : “bienvenue à Paris 10, ça va être très difficile pour vous tous tant la sélection jusqu’au DESS sera sévère, mais rassurez-vous d’autres débouchés s’offrent à vous : à droite l’ANPE, à gauche la prison” (à l’époque la fac était effectivement littéralement entre une agence de l’ANPE-Pôle Emploi, et un centre pénitentiaire 😅). Bref, ça m’avait marqué, je le raconte encore souvent aujourd’hui (la preuve) et j’y pensais à chaque fois que je sortais d’entretien (re-😅).

Puis j’ai intégré une DRH, et j’ai eu la chance non pas d’intégrer un service recrutement mais d’avoir à le monter dans un Groupe décentralisé, et Que j’ai aimé ça sourcer, évaluer, shortlister, pendant 5 ans avant d’avoir envie de faire d’autres trucs, plein. Amenée à travailler avec des collègues RH de d’autres pays, j’étais surprise (agréablement) de constater qu’ailleurs en Europe les Directions RH étaient pleines de psy, quand moi j’avais toujours été la seule dans le passé 🥺.

Et aujourd’hui, quel plaisir de constater que les psychologues du travail sont de plus en plus intégrés au sein des entreprises et des DRH. En réalité, ce n’est pas surprenant, et la tendance va s’accentuer. Pourquoi ? Parce que les soft skills, parce que l’IA, parce que l’évolution des métiers et des compétences inévitable maintenant, parce que l’évolution des modes de travail, parce que la redéfinition et l’accompagnement du rôle de manager, parce que vouloir mettre “l’humain au cœur de l’entreprise” tout en n’ayant pas de “professionnels de l’humain” dans ses équipes bah ça va commencer à se voir…

Voilà, tout ce que m’a inspiré de retrouver ce trombi ce matin, j’espère qu’à la fac de Nanterre on accueille maintenant en DEUG les futurs psy en leur expliquant à quel point ils ont un rôle à jouer dans les transformations en cours au sein des entreprises. J’espère que du coup ils ne seront pas tentés de “cacher” leur formation comme je l’ai fait pendant de nombreuses années, où je restais vague indiquant que j’avais une formation en RH. J’en avais marre qu’on me demande si je pouvais interpréter un rêve, ou alors cette question fantasme qu’on a tous entendu au moins 60 fois “tu vas m’analyser ?” #fatiguée
Ça me rappelle cette dernière (promis) anecdote quand un médecin généraliste, il y a longtemps, m’avait demandé ce que j’avais fait comme études, après que je lui ai dit il m’avait répondu “ah les psy c’est comme les docteurs, on nous demande toujours des diagnostics au bout de quelques minutes comme si on était toujours en train de tout analyser”. Surprise et ravie de la justesse de la remarque j’avais acquiescé, montrer mes amygdales, et au moment de se laisser il m’avait dit : “alors ? qu’est-ce que vous pensez de moi ? je suis normal ?” j’avais éclaté de rire, je trouvais la blague très drôle, sauf que devant son air hyper sérieux j’ai compris que ce n’en était pas une, de blague #trèsfatiguée

J’imagine que ce genre de questions est encore au quotidien des psy du travail, mais le contexte et le sens de l’histoire des RH vous permettra de vous en consoler avec des projets passionnants, au sein d’entreprises conscientes de votre valeur ajoutée. Enjoy.

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